»» Mahéas Créations: l'Alpha et l'Oméga !

(Sujet publié en mai 2007) La déception est à la mesure des espoirs que l'aventure avait suscités. Stéphane Mahéas, le couturier parisien installé depuis à peine 9 mois en Belgique à Tournai, dépose le bilan. La société Mahéas Créations avait été créée dans le but d'assurer la conception et la diffusion d'une première collection de prêt-à-porter et de servir de tremplin à de nombreux autres applications textiles dont on est à présent certain qu'ils ne resteront que l'ombre d'eux-mêmes.
Depuis son annonce en mai 2005, le site Lille à ma Mode avait suivi pas à pas l'évolution de cet ambitieux projet d'entreprise. Le moment aujourd'hui est venu d'en faire la rétrospective afin de cerner les causes d'un échec aussi fulgurant.
Fort d'une expérience de longues années dans les grandes maisons parisiennes (Saint-Laurent, Lemarié, Dior, Lacroix,...), Stéphane Mahéas se lance à son compte en 2000 et fonde une maison orientée vers ce qu'il a toujours connu: la haute couture. Il enchaine plusieurs collections et en l'espace de ces quelques années se créée une clientèle huppée. Dès 2005, il cherche à se diversifier vers le prêt-à-porter et l'accessoirisation, et à se délocaliser; son choix pour la Belgique comme lieu d'implantation est motivé par le soutien affiché à la fois par la Ville de Tournai et par la Région Wallonne; il trouve aussi un savoir-faire local, à travers notamment une école de couture, et un espace propice à son installation, les Ateliers Louis Carton. Tous les éléments semblent réunis pour assurer au créateur un début d'activité dans de bonnes conditions. Plusieurs événements vont toutefois compromettre l'avenir du projet.
En effet, à peine en place dans ses locaux tournaisiens, M. Mahéas présente à Paris le 8 ocotbre 2006, dans le cadre somptueux de la mairie du VIIIe arrondissement, son ultime collection haute couture, sur le thème " Maria Callas, reine des divas ".
Brillante, cette collection est pourtant un plantage commercial majeur. Le lendemain, il montre à un public clairsemé et une presse absente les trente premières pièces de son prêt-à-porter tout juste sorti des ateliers de façonnage. Les semaines qui suivent, Stéphane Mahéas s'emploie à élargir cette série que déjà, il planche sur un événement tournaisien, afin d'inaugurer en somme sa nouvelle entreprise. L'idée est de montrer au public ses créations de haute couture et prêt-à-porter bien entendu dans un décor industriel, celui-là même qui accueille ses locaux. Mais transformer un ancien atelier de construction métallique en salle de spectacle... s'avère pharaonesque.
A J-8, Stéphane Mahéas pressent la catastrophe. Il en avise ses partenaires et suggère que l'on annule l'événement, quitte à faire pâlir les 3000 invités ! Au cabinet du Ministre wallon des Affaires économiques M. Marcourt, on l'en dissuade. En quelques jours et quelques nuits, le défilé s'organise et se concrétise ce soir tempétueux du 8 décembre devant près d'un millier de spectateurs médusés ! La scénographie, les moyens vidéos mis en oeuvre, l'animation, la densité du spectacle, plus de 100 silhouettes portées par une quinzaine de mannequins, ... se paient au prix fort: quelque 75000 euros. C'est l'estocade pour celui dont l'unique resssort commercial, le prêt-à-porter première cuvée commence seulement à être soumis aux bureaux d'achat... et reçoit, comme on le voit par la suite, un accueil frileux. La désertion de la clientèle au salon du prêt-à-porter de février dernier à Paris donne la touche finale à ce tableau angoissant.
Le montage financier de l'opération Mahéas Créations à Tournai s'était pourtant appuyé sur un " business plan " prévoyant l'embauche d'une douzaine de personnes. Pilotage aléatoire, erreurs de stratégie, projections hasardeuses, expertises douteuses,... sont les tares dont l'encadrement de M. Mahéas s'est rendu responsable. Quatre personnes salariées sont sur le carreau; et le passif laisse de nombreux fournisseurs frustrés et désarmés. A ce stade, M. Mahéas endosse l'habit de la " victime "... ... Quoi qu'il en soit, dans un secteur en crise comme la mode et l'habillement, le moindre faux pas conduit au cauchemar. L'aventure Mahéas à Tournai en est une illustration accablante ! Et notre homme n'est plus disposé à entendre parler mode et couture...

»» Dix ans trop tard... ou dix ans trop tôt ?

(Sujet publié en août 2006) Le doute est inhérent à notre nature et, de temps à autre, il renvoie dos à dos nos certitudes et nos actions. Depuis fin 2005 et courant 2006, le spectre de la cessation d'activité a emporté, en dépit de leur expérience et de leur talent, quelques-uns de ceux qui incarnaient l'espoir de la jeune création de mode et le coeur d'une "mouvance" dont ce site, au printemps 2005, s'est mis à capter les pulsations.
Alors que l'on broie du noir chez les dentelliers du Calaisis, que le vent de l'inquiétude fait vibrer jusqu'aux murs des grandes maisons de vente par correspondance, le projet Quartier-Faubourg des Modes est à peine sur les rails qu'au regard de ventes en mal de décollage, des voix dissonantes s'élèvent, et l'engouement suit une pente descendante dans les rangs de ceux qu'il cible: les candidats entrepreneurs. Le projet a beau être audacieux, il est loin de faire l'unanimité. Mise en oeuvre tardive ? Alors que des villes aussi proches que Bruxelles et Anvers font rayonner leurs talents depuis des lustres ? Enfin: est-il pour autant plus rassurant d'être en avance sur son temps ?
Laissons aux faits l'occurence de donner raison aux tenants du sujet, consolidés dans leur vision à long terme, ou aux perplexes, pressés de voir si l'on aura vraiment réussi à déplacer, vers des lieux en phase de revitalisation, cette chalandise tant convoitée, celle-là même qui foule aujourd'hui les pavés du Vieux-Lille, sensible à la griffe d'un créateur de mode, fût-il à l'aube de sa notoriété. Car là est l'enjeu, et nulle part ailleurs.
Lors du dernier salon Fashion Squ'Arts en avril dernier, plusieurs professionnels des secteurs du textile et de la mode, se sont réunis pour une table ronde, où l'on ne manqua d'évoquer ce constat de l'érosion, observée depuis quelques années maintenant, de la part des revenus des ménages consacré à l'habillement. Avec en corollaire, cette interrogation lancinante: que faire pour redonner l'envie aux consommateurs ? Si certains changements d'habitude expliquent sans ambiguité ce recul, en revanche, les pistes pour l'avenir, qu'on les appelle mode équitable, mode "high tech",... sont, malgré les expériences probantes observées ici et là, relativement étriquées, voire erratiques. A défaut de voies toutes tracées, le bon sens vient à la rescousse: sortir de l'uniformité, se rendre inimitable, créer sans rien concéder à la qualité. Et communiquer: la suggestion est venue d'un intervenant à cette table ronde, patron de PME, se plaignant d'un déficit imputable à pas mal d'entrepreneurs.
Le site Lille à ma Mode a fait un leightmotiv de ce parti pris de l'utilisation de l'image.
Parce que l'on ne vend pas ce que l'on ne montre pas.
Bonne visite et bienvenue sur la version 2 du site Lille à ma Mode !